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Guinée: Histoire, vie de la nation : les frasques d'un dignitaire présomptueux. Envoyer
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Il s'appelait Ismaël Touré, tout le monde l'a connu demi-frère de Sékou Touré président la République, il a appartenu à tous les gouvernements du régime de son frère. C'était un dignitaire tout puissant et redouté de tous.

 

 


Ceux qui ont suivi son ascension racontent qu'il n'était rien moins qu'un citoyen ordinaire qui, à la fin de ses études, a été recruté dans les Ballets Africains au sein desquels le célèbre chorégraphe Keita Fodéba lui a appris quelques pas de danse. C'est quand Sékou Touré a accédé au pouvoir en 1958 à la tête du jeune État souverain qu'Ismaël a vu s'ouvrir devant lui un boulevard de commandement et d'ascension. Au sein de tous les gouvernements qui se son succédé, aucun ministre ne pouvait lui tenir tête sur quelque sujet que ce soit, il se croyait de sang royal qui n'avait de compte à rendre à personne si ce n'est à son frère aîné Sékou. Sa vision politique était à l'antipode de la révolution socialiste, mais protégé par une espèce d'immunité familiale il n'avait rien à craindre. 


Dans son train quotidien Ismaël arborait rarement le costume blanc de la révolution, il se déplaçait dans une décapotable américaine contrairement aux autres ministres qui roulaient dans une Mercédès de l'Allemagne de l'Est. Des citoyens ce sont offusqués un jour de le voir asperger sa voiture de d'huile d'une boite de sardine dont il jettera le contenu. 


Comme autre frasque qu'on raconte de lui, il se serait attaché durent toute sa vie de ministre les services d'un griot qu'il aura chargé de chanter ses louanges avec kora chaque week-end, le temps pour lui de se tirer de sa grasse matinée. Mais sa trop grande estime de lui-même aura éclaté au grand jour lorsque qu'il a été nommé président du comité révolutionnaire qui siégeait au camp Boiro. Comme on le sait ce comité avait pour mission d'arrêter, de torturer ou de tuer tous ceux et toutes celles qu'il soupçonnait d'appartenir à la cinquième colonne suite à l'agression portugaise de 1970. Que de cadres émérites et de citoyens inconnus ont dû abdiquer, la mort dans l'âme, face à « la vérité du Ministre » selon les bons mots de Abdoulaye Portos Diallo. 


Imbu d'une autorité qu'il croyait sans borne et travaillant méthodiquement à la liquidation de potentiels adversaires à la succession au pouvoir, il proposera à son frère Sékou d'interpeller Béa et Saïfon comme tête de pont de la cinquième colonne. Sékou lui répondra soupçonneux : « Mais tu as oublié une troisième personne, moi-même ». Plus tard, las des frasques de son frère, Sékou décidera de le suspendre du gouvernement en 1983, ceci suscitera aussitôt un conseil de famille à Faranah sous la présidence de Amara Touré l'aîné de tous. C'est là que Sékou s'est défoulé d'une colère longtemps contenue contre ses frères qui se plaisaient à lui jouer des coups bas et à propager des informations selon lesquelles lui ne serait pas un vrai Touré, il serait un enfant naturel. « Qui d'entre nous, a-t-il vociféré, a fait que le nom Touré est aujourd'hui vénéré partout en Guinée et à l'extérieur si ce n'est moi ? Vous êtes simplement jaloux de ma gloire, vous êtes des ingrats ! » 


Ismaël fera monter d'un cran sa soif du pouvoir lors de la réunion de crise qui regroupera les membres du gouvernement après les funérailles du Responsable suprême de la révolution. Face à l'unanimité qui se dégageait en faveur de Lansana Béavogui, premier-ministre et dauphin constitutionnel, le soi-disant héritier de sang royal n'hésitera pas à gifler son rival en clamant : « Depuis quand a-t-on vu un imbécile de forestier prétendre régner sur notre pays ? » Le déclic était ainsi donné à l'armée qui n'attendait qu'un désordre s'installe au sommet de l'État pour s'emparer des rennes du pouvoir. 


Puisque tout a une fin dans ce monde, Ismaël et ses compagnons d'infortune se retrouveront à la prison de Kindia au lendemain du coup d'État militaire. Ils se sont mis à se chamailler entre eux, les uns accusant les autres d'avoir joué au faucon durant la révolution. Et dans la nuit où leur destin devait basculer pour toujours dans le néant, l'ex-tout puissant Ismaël et le général Toya Condé ex-chef d'État-major interarmées n'arrêtaient plus de pleurer avant d'arriver au peloton d'exécution au mont Gangan. Ce qui a exaspéré Lansana Diané qui les a sermonnés en ces termes : « Vous allez arrêter tous deux de pleurer comme des femmelettes ? Où croyez-vous qu'on envoyait les autres que nous taxions de contre-révolutionnaires, c'est là même où nous allons maintenant ? Faisons que ces petits soldats qui nous accompagnent parlent bien de nous à nos femmes et nos enfants, qu'ils leur disent que nous sommes morts en braves ». 


O. Tiéro

Mise à jour le Samedi, 29 Octobre 2016 20:25
 

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